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Aujourd’hui est un grand jour. Ezra est un peu l’impulsion qui a enclenché le long processus menant à la création de ce blog. Au risque de rougir légèrement, je me dois d’assumer mon statut de groupie car il m’est impossible de parler d’Ezra sans évoquer cette expérience initiatique.
Été 2010, il fait chaud et ni Paris plage, la plus belle d’entre toutes, ni aucune autre de l’hexagone, car trop bondées, ne tentent M.R. et moi même. Décision brutale mais enivrante, nous partons de go faire quatre mille kilomètres pour suivre Ezra et ses fidèles Harpoons sur une série de dates en Allemagne et Hollande.
S’en suit une semaine de rock and roll à la sauce gonzo et des fins de soirées arrosées de bière locale en compagnie de groupies et des quatre boys, d’abord étonnés, puis très vite charmés par tant de ferveur. Un soir, ils remuent un entrepôt réhabilité en camp de vacance le temps d’un été, pour ensuite atterrir dans une fête de village qui, au vu du public et des autres groupes doit être un équivalent hollandais du Kansas, puis l’apothéose, dans le très branché “Atomic Café” de Munich. Ces quelques jours resteront l’un de mes plus beaux souvenirs, jusqu’à ce qu’Alzheimer nous sépare.
La rencontre fut étrange. Ce garçon adorable, avec un sérieux grain et un vrai truc d’artiste autiste avait des choses à dire. Il m’a paru évident, déjà à l’époque, qu’il lui faudrait un jour faire un album solo. No offense aux Harpoons, mais cette perspective m’enchante depuis lors, curieux de voir ce que la bête a dans les tripes et de ce qu’elle pourrait produire, lachée, sans laisse, dans un studio d’enregistrement.
C’est maintenant chose faite : boule de joie au ventre et peur d’avoir à patienter jusqu’au 7 février, date de la sortie officielle de « The Year Of No Returning ». En plus, l’enfoiré trouve un super titre pour son album et a la méga classe sur la cover, ce qui rend l’attente insoutenable.
Ah ?…Hein ?…Quoi ?…La pré-order sur son site permet de télécharger l’album instantanément. Soulagement : joie, encore, mais peur, toujours.
Quand j’écoute le disque, je ne peux réfréner ma surprise en découvrant un Ezra transformé, capable de sussurer et chanter avec assurance tous les styles abordés.
L’absence des limites qu’implique le format guitare/basse/batterie a libéré Ezra qui nous livre là un album-compilation particulièrement riche. Les cuivres de « Dr Jekyll & Mr.Hyde » nous plongent dans l’univers claudiquant de Tom Waits, les « Mac Cartneyseries » vocales de « Lay in the sun » rassurent, tandis que les cordes lancinantes de « Refugee » deviennent les reminiscences d’une enfance où mon père usait des diamants à coups de vinyles signés Leonard Cohen. Une madeleine qui m’a d’ailleurs amené à passer tout un après-midi, assis en tailleur devant la stereo, à redécouvrir les disques du Partisan, cerné par les pochettes 30 par 30 qui paraissaient bien plus grandes à l’époque.
Mais ne vous méprenez pas, la touche très particulière du jeune prodige de Chicago est présente et crée toute la cohésion de l’album. Sa voix chevrotante et ses guitares open tunées lui font garder un pied dans le punk, domaine qu’il maîtrise parfaitement après trois enregistrements avec les Harpoons. Ses talents de conteurs sont aussi restés intacts, certainement renforcés par la maturité et quelques déceptions amoureuses de plus.
Tout de meme, une petite faiblesse pour l’étourdissante lourdeur de « Are You Gonna Break My Heart? », chose que vous feriez si vous décidiez de ne pas écouter le disque en entier.
J.